Campagne hévéicole 2020 : Voici pourquoi il faut surseoir à la saignée.

La situation mondiale actuelle menée par le virus du Covid-19 et ses effets, n’épargne ni secteur d’activité ni personne. Conscient de cette situation, M. Issouf Camara, président de l’Association des Jeunes Agriculteurs Modernes Hévéicoles de Côte d’Ivoire, AJAMH-CI profite des lignes de latribuneagricole.net pour interpeller les planteurs sur des risques à venir et propose à l’occasion des solutions.

M. Issouf Camara, quelle urgence nécessite actuellement l’adresse du président d’une association de planteurs d’hévéa que vous êtes, à l’endroit de vos pairs ?

Merci pour cette lucarne que nous offre latribuneagricole.net. En effet, nul n’est sans ignorer la situation mondiale actuelle avec cette pandémie du virus Covid-19. En dehors de la nécessaire sensibilisation et du respect des mesures étatiques, certainement, on comprendra difficilement le rapport avec notre activité d’acteurs hévéicole. Cependant, force sera de constater avec du recule que la situation sera triplement difficile pour les planteurs si certaines attitudes ne sont pas prises par ses derniers. Il est donc important pour nous, en tant qu’Association des Jeunes Agriculteurs Modernes de Côte d’Ivoire, AJAMH-CI œuvrant pour l’épanouissement des acteurs du secteur hévéa, d’informer nos collègues planteurs.


Effectivement, M. Le Président pourquoi une adresse particulière à l’endroit des planteurs d’hévéa alors qu’on pouvait se contenter des mesures sanitaires prises par le gouvernement et de la sensibilisation standard à l’instar du monde entier ? N’est ce pas là un coup de publicité de votre structure associative ?

Loin de là, car l’AJAMH-CI que nous présidons a toujours eu pour objectif principal le bien-être économique et social de ses membres et au delà de l’ensemble des planteurs d’hévéa de Côte d’Ivoire. La réalité est donc ailleurs que dans un coup de pub. L’économie mondiale à l’heure actuelle est mise à rude épreuve. Elle est même au ralenti pour ne pas dire à l’arrêt face à cette situation qui impose une réclusion de tous les Etats du monde. Et comme vous le savez tout est lié. Des contrats sont suspendus. Si les partenaires à l’international continuent de baisser rideau, il va de soi qu’au plan local, les usines suivront. D’ailleurs, beaucoup d’entre elles ont déjà fermées. Bientôt aucune usine ne pourra recevoir notre production pour cause de fermeture…


… Mais avec cette pandémie, cette situation était bien prévisible pour tous les secteurs d’activités, du moins pour beaucoup d’entre eux ?

Oui en effet, et nous le nions pas d’ailleurs. Seulement, au-delà de la situation d’ensemble, d’autres dangers se profilent à l’horizon pour nous planteurs si nous ne prenons garde. Pour comprendre notre inquiétude, il va falloir expliquer le processus dans le cadre de notre secteur. Tout part de la saignée à la livraison en usine. Et cela nécessite de la main d’œuvre et des moyens. Des personnes donc pour saigner, d’autres pour récolter les fonds de tasse et de la locomotion pour acheminer le caoutchouc vers les usines. Lesquelles usines livreront à l’extérieur. Avec ce qui est expliqué plus haut, si les usines ferment, non seulement la production restera aux mains des planteurs avec une perte totale à la longue si le problème perdure, puisque les productions sont périssables ; Mais les planteurs auront également à leur trousse les différents employés (Saigneurs, collecteurs et convoyeurs…). Ce qui va inéluctablement être un difficile problème à gérer vu les difficultés existants. Si le planteur perd donc sa production, avec quoi il va honorer ses engagements à la reprise normale ou en cas d’une mesure exceptionnelle des autorités pour permettre la vente ?

 

Dans une telle situation, que proposez vous donc à vos membres et par ricochet à l’ensemble des planteurs d’hévéa de Côte d’Ivoire ?

Pour nous, vu la gravité grandissante de la situation dont nous espérons la fin pour pas longtemps, il serait préférable d’avoir des stratégies pour amoindrir les effets de cette calamité. Si pour certains, il faut réduire la production, à l’AJAMH-CI nous proposons plutôt qu’il faut rallonger la période d’arrêt qui généralement se situe dans les mois de février et mars. C’est-à-dire, au lieu de passer immédiatement à la saignée après le mois de mars et se retrouver avec de la production sous les bras, mieux vaut repousser cette activité au-delà de cette période. Cela permettra de garder notre caoutchouc en l’état sans risque de le perdre puisque l’arbre ne pourrira pas parce qu’il n’a pas été saigné à contrario du caoutchouc une fois dehors si le temps perdure. Aussi, nous aurons sauvegardé le peu d’argent que nous avons car l’absence d’activités revient à l’absence de saigneurs, de récolteurs et de location de moyens de transport à payer.

En plus, cela permettra de mettre ce temps à profit pour entretenir véritablement nos plantations, changer nos panneaux… a y même passer notre temps en ces moments troubles et reprendre à la normalisation.

 

Est-il possible de croire que les gens vous suivrons ?

Ecoutez, pour nous c’est un appel à la responsabilité qui incombe à chaque planteur. Ce n’est donc pas une obligation mais un libre choix qui pourra nous épargner d’ici peu des difficultés inutiles en plus de ce que nous avions déjà. Car il n’y a rien de plus traumatisant pour un planteur d’avoir sa production sous les bras avec des saigneurs et autres personnels sur le dos. A cet effet d’ailleurs, nous avons déjà instruit tous nos délégués sur l’ensemble des 18 zones de production de passer ce message aux planteurs en espérant que les uns et les autres seront attentifs à cette réflexion. Dans tous les cas, il serait difficile quand surviendront ces problèmes d’accuser qui que ce soit. Soyons donc plutôt responsables face à cette situation car c’est un choix bénéfique pour demain.

 

En passant, M. Le Président qu’en sera-t-il de la cérémonie d’ouverture de la campagne hévéicole initiée par votre organisation et prévue pour le mois d’avril dans la sous-préfecture de Bongo ?  

Il faut savoir que nous sommes toujours dans notre logique de restaurer le secteur et donner une autre image au planteur d’hévéa qui devrait être vu comme un opérateur agricole et non un ouvrier. L’AJAMH-CI étant une organisation responsable et républicaine, cette cérémonie est simplement reportée jusqu’à une amélioration des conditions sanitaires et la levée des restrictions instaurées par le gouvernement ivoirien. Restons donc à l’écoute tout en priant Dieu pour qu’il sauvegarde les populations ivoiriennes.

 

Interview réalisée par Fulgence Wawa Jay


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Commentaires

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